Créé officiellement au XIXème siècle, comme les autres musées du réseau gersois du fait de la volonté locale, le musée archéologique Eugène Camoreyt de Lectoure a été rendu célèbre par ses fameux autels de culte.
Ce ne sont pourtant pas les seuls attraits de cet établissement, "Musée de France" au titre de la loi de 2002, placé sous la gestion scientifique de la conservation départementale du patrimoine et des musées du Gers et propriété de la ville de Lectoure. Avec celles d'Auch et d'Eauze, ses collections archéologiques comptent parmi les plus riches du département.

Les collections municipales, rattachées au musée archéologique, intègrent aussi des fonds publics et des dépôts de l'Etat consacrés à d'illustres lectourois, ainsi que les tableaux de la salle des Illustres. Ils voisinent avec les objets et documents d'une ancienne pharmacie reconstituée (avec ses présentoirs) provenant d’Astaffort (XIXème siècle).
Deux ensembles muséographiques (qui vont faire l'objet d'une réintroduction programmée dans le cadre du futur projet de musée), se distinguent ; ils font revivre de façon vivante, à travers objets, documents et illustrations d'époque, deux exceptionnelles destinées : celle de l'amiral et ministre de la Marine, Auguste Boué de Lapeyrère et celle du maréchal d'Empire Jean Lannes.
Le musée archéologique Eugène Camoreyt de Lectoure est identifié comme tel à partir de 1540, suite à la découverte fortuite des autels de culte dits "tauroboliques" (II-IIIème siècles), du fait de leur représentation de l'animal sacrifié (taureau ou bélier). Utilisés en réemploi dans le mur d'enceinte de la ville antique, ceux-ci sont mis au jour sous le chœur de l'actuelle cathédrale Saint-Gervais.

Les consuls de la ville en dressent alors l'inventaire, définissent un lieu de présentation et l'ouvrent au public… Toutes les composantes du musée moderne sont ici en germe, et font de celui-ci, sans doute, l'un des plus anciens de France !
En 1591, les autels servent de base de piliers pour la halle communale, jusqu'à son incendie en 1842. En 1874, Eugène Camoreyt (cf. ci-après), les installe dans une salle du rez-de-chaussée de la mairie (chapelle), préfiguration du futur musée, dont ils constituent, encore aujourd'hui, l'attraction incontournable.
A l'origine palais des évêques de Lectoure, édifié, de facture classique, de 1676 à 1682 par l'évêque Hugues de Bar, le bâtiment qui reçoit l'actuel hôtel de ville est vendu en tant que Bien National en 1792.

Il reçoit alors plusieurs affectations successives puis, le 18 brumaire an IX (9 novembre 1800), le palais est acheté par le général Jean Lannes (1769-1809), futur maréchal d'Empire, favori de Napoléon Ier, héros national et enfant de Lectoure.

Cette résidence est donnée à la ville, en 1818, par sa seconde femme, Louise Antoinette Scholastique de Guéhéneuc (1782-1856), duchesse de Montebello. Sous-préfecture jusqu'en 1927, le bâtiment accueille finalement la mairie, le musée, la salle des illustres (XIXème siècle) et le tribunal.
A partir de 1890, le musée est dirigé (et largement enrichi), par Eugène Camoreyt, professeur de dessin et archéologue lectourois ; il continue de se distinguer par sa collection d'autels de cultes la seconde, dit-on alors, après Rome !
Malgré de nombreux avatars, et après les fouilles de Pradoulin (1880-90), le fonds est à nouveau augmenté, dans les années 1960-70, par Mary Larrieu-Duler, historienne et archéologue. Tout au long de son existence cependant, une certaine déshérence entretient la mauvaise conservation et la disparition des collections, comptant parmi les plus importantes du Gers.

En 1972, dans le cadre du plan de réaménagement des musées gersois, décision est prise d'installer celui de Lectoure dans les caves voûtées et les cuisines de l'hôtel de ville, transformées en musée après enlèvement des déblais et détritus, aménagement, puis transfert des collections…
L'ensemble est inauguré, le 3 juillet 1972, par Jacques Duhamel, alors ministre de la Culture.
Intégré désormais au réseau des "Musées de France" du Gers (label national), le musée actuel reflète la vie quotidienne des habitants de l'antique cité des Lactorates, à travers des collections archéologiques trouvées sur le site même de la ville antique, ou aux alentours ; elles couvrent des périodes allant de la Préhistoire au Moyen Age.
Parallèlement aux expositions, le musée propose aujourd'hui, depuis l'année 2000, des ateliers et des animations à destination des scolaires ou des familles, ou lors des opérations nationales ("nuit des musées", "journées du patrimoine" … etc.).
De par leur ancienneté et leur richesse, les collections du Musée de Lectoure possèdent, dès le XIXème siècle, des objets et documents de toutes périodes, issus de plusieurs sites du département, grâce surtout au travail d'enrichissement d'E. Camoreyt.
Dans le même temps, ces collections s'agrandissent grâce aux dons et dépôts, y compris ceux de l'Etat (années 1880), jusqu'à constituer le type même du musée généraliste.
Dès cette époque, et à l'image des autres musées français, la vocation pédagogique s'affirme par la présentation de collections dites "comparatives". C'est le cas, notamment, en géologie et en paléontologie, (époques tertiaire et quaternaire) et en préhistoire.
Avant la romanisation, Lectoure, au cœur du territoire de la tribu des Lactorates, bénéficie de sa position dominante, en éperon de près de 100 mètres, au-dessus de la vallée du Gers. L'occupation gauloise de l'âge du Fer semble se concentrer, jusqu'à l'époque augustéenne, à l'est, sur le plateau (ou oppidum) de Lamarque, en direction de Toulouse et à l'entrée de la ville actuelle.

A Lectoure, les trouvailles anciennes laissent supposer que la zone cultuelle de la ville romaine se situe au point le plus élevé et concerne les cultes de Jupiter et de Cybèle ("La Grande Mère"), hypothèse confirmée par la découverte des autels de culte en marbre. Elle témoigne de l’importance des cultes orientaux qui se répandent alors dans l'Empire romain (Culte de Cybèle, Culte de Mithra … ), parallèlement à la religion officielle impériale.
Dès le Ier siècle de notre ère, la cité de Lectoure prend un essor remarquable, avec la mise en évidence de nombreux sites sur son territoire. Dominée par la ville haute, à vocation religieuse et administrative, une ville basse prend, peu à peu, possession des pentes de l'ancien oppidum ; tournés vers le sud, de nouveaux quartiers s'y érigent, comme celui de Pradoulin.

Les fouilles livrent énormément de matériel (Ier-IVème siècle), qui nous renseigne sur la vie quotidienne et les activités artisanales des habitants de la cité, jusqu'au VIème siècle, source d'information chronologique et typologique essentielle pour les archéologues.
Proches des habitats du plateau de Lamarque au Ier siècle av. J.-C., les nécropoles vont accompagner, à partir du Ier siècle de notre ère, l'extension de la ville haute (qui demeure), vers la ville basse, et le développement des nouveaux quartiers.

Au IIIème siècle, la ville porte la trace d'une brutale interruption et de destructions ; en pleine crise de l'Empire et fondation d'un royaume "gaulois" (vers 260), les premières invasions franques atteignent le sud-ouest et ravagent Lectoure (275 et 282). Les trésors monétaires et les niveaux de destruction constatés sur Pradoulin, témoignent alors de l'insécurité grandissante.
Un renouveau se fait, du IVème au Vème siècle, tandis que se répand le christianisme. L'éperon sommital reprend, à cette époque, sa fonction de refuge, vis-à-vis des habitants, soumis alors aux incursions dites "barbares", de plus en plus fréquentes.

La nécropole de Saint-Gény, située au sud de la ville, sur la route d'Auch, constitue la limite de la ville antique. Datée principalement du Bas Empire (sarcophages du IVème siècle), elle accueille, autour d'une probable basilique, des enfouissements jusqu'au haut Moyen âge avant d'être abandonnée.
Après la restauration du IVème siècle, la ville basse est abandonnée lors d'une nouvelle déferlante des Francs, des Alamans ou Suèves, et des Vandales (407-409), sous la pression des Huns, puis l'installation des Wisigoths (416-418). Ces incursions successives laissent peu de traces, hormis les nécropoles en rapport ; trois d'entre elles, attribuées aux populations mérovingiennes issues des Francs (VIème siècle), sont présentées au musée de Lectoure.

Cet exceptionnel mobilier témoigne d'un art nouveau, à la fin de l'Antiquité tardive et à l'orée du Moyen âge. Enfin, un bel ensemble de chapiteaux préromans, de style corinthien, en marbre, fait le lien avec l'époque médiévale.
Au terme de la visite, l'ensemble de la collection du Musée E. Camoreyt constitue aussi une invitation à découvrir, en parcourant la ville, la richesse du patrimoine de Lectoure et de sa région.
M.HUE
Conservateur départemental du Gers
Jean Lannes est né le 10 avril 1769 à Lectoure (Gers), au sein d'une famille de petite bourgeoisie terrienne. On connaît peu d'éléments sur sa jeunesse, sinon son engagement dans les volontaires du Gers, en 1792, où il se distingue.
Les guerres d'Italie(1796) puis la campagne d'Egypte (1799), vont révéler son intelligence du combat et la sureté de son jugement. Après le 18 Brumaire, il commande la garde consulaire (1800) et épouse sa seconde femme, Louise Antoinette Scholastique Guéheneuc (1782-1856).
Envoyé en tant que ministre plénipotentiaire à Lisbonne (1801-1804), il est promu maréchal à 35 ans (mai 1804). Propriétaire du château de Maisons, il mène alors la vie d'un haut dignitaire de l’Empire, favori, sans concessions, de Napoléon Ier.

Commandant de l'avant-garde de la Grande armée lors de la campagne foudroyante de Bavière (1805) puis de Prusse (octobre 1806-juin 1807), Lannes affiche une maîtrise de la science militaire et un mépris total de la mort qui étonnent ces contemporains. Durant la campagne d'Espagne et du Portugal (1808), il dirige le terrible siège de Saragosse et rejoint, en avril 1809, l'Armée d'Allemagne en Bavière.

Mais la désillusion est profonde, avec la fatigue des sièges, les blessures multiples et, désormais, l'emballement du système napoléonien. S'y ajoute l'étonnant pressentiment de sa mort prochaine. Après Ratisbonne puis la prise de Vienne, s'engage, le 22 mai, la bataille d'Aspern/Essling où le Maréchal est grièvement blessé et amputé de la jambe.
Transporté à Ebersdorf, le plus charismatique des maréchaux de l'Empire meurt le 31 mai 1809. Après des honneurs exceptionnels, son corps est déposé au Panthéon le 6 juillet 1810, jour anniversaire de la victoire de Wagram.
M.HUE
Conservateur départemental du Gers
Né à Castéra-Lectourois le 18 janvier 1852, Auguste est le fils de Louis Emmanuel Boué de Lapeyrère, d'ascendance québécoise, et de Thérèse Dupouy, sœur de l'amiral Augustin Dupouy, né à Lectoure, qui devient son tuteur à la mort de son père.
Boué de Lapeyrère entre à l'école navale en octobre 1869 et en sort en août 1871, dernier de sa promotion ! Aspirant de 1ère classe en 1872 sur l'Armide, ses débuts de carrière sont ternes.
La campagne du Tonkin (D'estrées, Aspic, 1873-1875) puis celles d'Atlantique sud (Loiret, 1876, l'Hamelin, 1877-1878, Boursaint, 1879-1881), avec le grade d'enseigne de vaisseau, le révèlent. Lieutenant de vaisseau, second du Volta au Tonkin (1883), il participe aux campagnes de l'amiral Courbet en Chine en 1883-1884 et 1885 et se signale par la destruction et la prise à l'abordage de plusieurs navires au combat de Fou-Tchéou. Commandant de la canonnière La Vipère à Formose, second en 1887 sur le croiseur Seignelay, capitaine de frégate en 1889 et commandant du croiseur Cosmao, escadre de Méditerranée, il devient second du cuirassé Richelieu en 1893, du Formidable en 1894, puis aide de camp au Ministère de la Marine en 1895.

Capitaine de vaisseau, commandant du cuirassé Hoche, de l'escadre du nord en 1896, puis du croiseur La Clocheterie en 1898 et de la division d'Islande et de Terre-Neuve, il commande le cuirassé Brennus (1899-1900) en Méditerranée. Contre-amiral en 1902, major-général de Rochefort jusqu'en 1904, chef de la division navale de l'Atlantique de 1904 à 1906, il est nommé vice-amiral en 1908, préfet maritime de Brest.
Le 27 juillet 1909, il est nommé ministre de la marine (1909-1911, cabinet Briand) où il fait œuvre de réorganisation et obtient le lancement des "dreadnoughts" de la classe Courbet (Courbet et Jean-Bart). Commandant de la première escadre de ligne en 1911 puis, en 1914, commandant en chef interallié en Méditerranée, il assure avec succès le blocus de la flotte autrichienne en Adriatique mais laisse échapper le Goeben et le Breslau.
En avril 1915, le torpillage du croiseur-cuirassé Léon Gambetta lui est reproché, il quitte son commandement en octobre, est admis à la réserve en 1916 et se retire à Pau où il meurt le 17 février 1924.
Son corps repose aux Invalides depuis 1931.
M.HUE
Conservateur départemental du Gers
Egalement installée dans la chapelle privée des évêques, cette salle présente une pharmacie du 19ème siècle reconstituée dans ses moindres détails. Elle permet de découvrir l'univers des officines de l'époque avec ses machines, ses fioles, encore pleines de produits, sa caisse enregistreuse, etc.

Les salles dites "des illustres" constituent une caractéristique des bâtiments municipaux du sud-ouest de la France, et présentent, souvent de façon ostentatoire, des galeries de portraits des personnages ayant marqué la vie de la collectivité concernée. Celle-ci, de quinze mètres sur huit, est un ancien salon d'apparat du palais épiscopal originel.
En 2007, la municipalité de Lectoure a souhaité remanier la présentation de sa salle des illustres, antichambre des services municipaux, dont la collection est rattachée au musée archéologique Eugène Camoreyt, musée municipal installé au sous-sol.
Pour ce faire, une couleur d'ensemble vert "empire", alliée à du gris, a été apposée sur le fonds rouge "pompéien" précédent ; elle s'avère plus en rapport avec l'identité de l'un des illustres propriétaires de ces lieux, le maréchal d'Empire Jean Lannes, dont le portrait (copie de celui du Musée de l'Armée) qui orne le grand escalier d'honneur, accueille désormais le visiteur.

Une salle dédiée à ce héros national, en hommage à sa seconde femme, Louise, Antoinette, Scholastique Guéhéneuc qui fit don du bâtiment à la municipalité de Lectoure en 1818, s'ouvre au bout de ce salon.
La réfection a permis de remettre en évidence la fenêtre donnant sur la cour d'honneur, à gauche de la sortie, dissimulée auparavant. Son dégagement rétablit ainsi la qualité de ce vaste espace clair, ouvert au nord sur la ville, la cathédrale et le bâtiment et jouissant, au sud, d'une vue exceptionnelle sur la campagne gersoise.
Le mobilier de chaises, fauteuils et canapé, d'époque Empire, appartient aussi à la collection issue du Maréchal Lannes, rattachée au patrimoine municipal. Elle constitue une trace, fragile, de ce fameux lectourois, qui fut le soldat préféré de Napoléon I°.
La salle des Illustres de Lectoure présente les dix œuvres suivantes :
M.HUE
Conservateur départemental du Gers
Le rez-de-chaussée du clocher de la Cathédrale Saint-Gervais accueille une collection d’objets de culte (médailles, chapelets, livres de messe, images pieuses, statuettes …), de vêtements liturgiques, et de fragments de décors de l’édifice. La salle attenante, portant les vestiges de peintures murales, renferme le Trésor de la cathédrale constitué de reliquaires et d’objets liturgiques (vases, ciboires, calices, patènes, encensoirs, ostensoirs, croix de procession …) qui sont autant de joyaux de cristallerie, de faïencerie et d’orfèvrerie.

La salle des Illustres est en accès libre aux horaires d’ouverture de la Mairie.
La visite du Musée d’Art sacré se fait sur réservation auprès de l'Office du Tourisme (05 62 68 76 98).
Musées de Lectoure
Hôtel de Ville
Place du Général de Gaulle
32700 Lectoure
Tel : 05.62.68.70.22 / 06.32.19.02.94
Fax : 05.62.68.91.60
Conservation départementale du patrimoine et des musées
Abbaye de Flaran, 32310 Valence-Sur-Baïse
Tel : 05.62.28.74.13
Fax : 05.62.28.97.76
Le Musée archéologique : 3 €
(2€ pour les groupes et les cartes Privilège / 1,50€ pour les groupes scolaires)
Le Musée archéologique et les 3 salles : 4 €
(3€ pour les groupes / 2,50€ pour les cartes Privilège / 1,50€ pour les groupes scolaires)
Gratuité : un justificatif pourra vous être demandé.
(groupe = 20 personnes et +)